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Ressources Pédagogiques du Réseau des établissements de l'Assomption

La joie en pédagogie

Sainte Marie Eugénie dit volontiers que la joie imprègne la vie à l'Assomption. Elle nous invite à un dégagement joyeux qui porte à voir toutes choses du côté de Dieu et à ne pas s'attarder en lamentations inutiles. Dans ce mouvement dynamique, nous sommes invités à ne pas nous laisser arrêter par les obstacles.

LA JOIE EN PEDAGOGIE…

Ou le dégagement joyeux : vertu de l’éducateur

 

Sœur Véronique Thiébaut, RA

 

INTRODUCTION

Vous êtes-vous déjà demandé la différence existant entre le plaisir, la joie et le bonheur ?

Je vous propose un petit exercice pour commencer ! Essayez de vous demander ce que signifient pour vous les mots « plaisir », « joie » et « bonheur »…

Xavier Thévenot, un salésien, spécialiste en théologie morale peut nous aider à faire la différence (cf. « Souffrance, bonheur, éthique », Conférences spirituelles, Edition Salvator, 1970) :

1/ Le plaisir

« Dans son acception première, il connote spontanément l’expérience du corps, voire de la vie pulsionnelle. Il évoque l’idée de l’apaisement d’une tension, comme si l’énergie accumulée trouvait enfin à se décharger. Certes, il arrive que le plaisir se trouve aussi dans la montée de la tension mais c’est alors parce que cette montée est habitée par la promesse d’une satisfaction forte qui l’apaisera totalement ou en grande partie. Sinon, la tension est vécue comme frustrante. Pensons aux préludes sexuels et à l’orgasme réussi pour illustrer ce dynamisme intérieur du plaisir. »

Xavier Thévenot, après cette introduction, en partant toujours de l’expérience physique du plaisir, précise que :

* « Le plaisir est éphémère, il se vit dans l’instant, mais un instant si fort qu’il en fait oublier le temps et donne l’illusion momentanée qu’on touche à l’absolu, à un divin. »

*  « Il est expérience d’extase, c’est-à-dire de sortie de notre quotidien avec ses dures réalités. En cela il est comme anticipation du bonheur quêté… » En ce sens, il appelle la répétition…

* Il oblige, « par l’expérience limitée de mon corps qu’il me fait faire, m’oblige à faire confiance à moi-même et à l’autre ». C’est en s’abandonnant à l’autre qu’on peut éprouver du plaisir. On découvre que l’on ne se suffit pas à soi-même. « Vivre c’est se fier en la vie, en soi-même, en son prochain, c’est avoir foi ».  « Le plaisir n’est jamais coïncidence avec soi-même ! » « D’une certaine façon il n’y a pas de plaisir intense qui ne soit que « solitaire ». Le plaisir, parce qu’il est une expérience de confiance, est « écoute » et « appel » d’un autre. »

2/ La joie (X. Thévenot la traite en lien avec la paix)

« Ce sont deux réalités qui, bien sûr, n’excluent pas le corps : quand on est joyeux, il y a une sorte de résonance de cet état psychologique dans le corps, cela déclenche comme une « vibration de l’être ». Cependant les mots joie et paix connotent d’abord le domaine spirituel. Par exemple, on parlera de la joie des découvertes intellectuelles ou de la paix de la vie en Christ. »

*La joie, comme la paix, évoque la «  stabilité sereine d’un état », « l’intensité relativement fragile d’une expérience humaine où l’on perçoit la réussite d’un effort ou la réponse presque excessive à une attente longuement assumée ».

→Importance de la durée dans l’attente, de l’effort, que l’on retrouvera chez Marie Eugénie

*D’où  l’importance du déploiement dans le temps dans le domaine de la joie : « Le propre de la paix et de la joie est de se déployer dans le temps et non pas comme le plaisir dans l’éphémère de l’instant. »

*Paradoxalement la joie peut cohabiter avec une certaine souffrance…

*Paix et joie ont quelque chose à voir avec l’humanisation… Elles « surgissent quand un mouvement d’humanisation de soi-même a été réussi ou encore quand on sent que l’on et sur un chemin de réalisation authentique de sa personnalité et quand on accueille en vérité la parole évangélique ».

*Il y a dans la joie quelque chose de fragile. C’est comme un fruit dont on ne peut commander le mûrissement et qui n’a pas une durée illimitée. Elle a quelque chose à voir avec l’humilité.

3/ Le bonheur

« C’est, de fait, ce que tout homme cherche, ce dont il a soif. Ce terme connote quelque chose de l’ordre de la plénitude et du toujours. Le bonheur ce serait la fin de la division intérieure que ressent toute personne ; la fin définitive des écartèlements, la réconciliation entre ce que l’on est et ce que l’on tend à être, l’apaisement de l’inquiétude quant au sens de la vie. Mais si tel est le bonheur, n’est-il pas ici-bas comme un horizon, c’est-à-dire comme quelque chose qui se déplace devant nous au fur et à mesure qu’on s’en approche ? Ne serait-il pas hors-temps ? Certains, plus pessimistes, rajoutent : ne serait-il pas le résultat de nos illusions ? Question que tous les sages, philosophes et théologiens ont posée ! » 

Mais le bonheur n’est pas le sujet du jour ! Revenons à la joie ! Nous avons dit d’elle qu’elle est comme une expérience spirituelle, pleine et fragile à la fois, qui vient comme le fruit d’un travail et d’un effort intérieur.

 

A- MARIE EUGENIE ET LA JOIE

 

1/ Quelques considérations générales

Marie Eugénie parle aussi de cette quête du bonheur commune à tous les hommes : « nous ne pouvons pas ne pas nous aimer, nous ne pouvons pas ne pas désirer le bonheur que Dieu nous réserve (…) Il est donc naturel à l’homme de désirer le bonheur». Pour elle, le fondement de ce bonheur, c’est Dieu, c’est pour cela qu’il faut le chercher sans cesse : « Mettons notre bonheur à chercher Dieu, à nous élever à lui par la foi, l’espérance et l’amour, à nous attacher à Dieu seul. Une âme qui s’applique à l’estime de Dieu, et je dirai à l’estime unique de Dieu, ne se réjouit et ne s’attriste plus vainement. »

Elle considère l’amour propre et tout ce qui en découle comme le principal obstacle au bonheur, car il génère préoccupations et inquiétudes. Elle propose donc un premier pas vers ce qu’elle appellera le « dégagement » : « c’est en nous débarrassant de tout cela que nous trouverons le secret du bonheur. »

Il y a un travail intérieur qui consiste à se débarrasser de ce qui est encombrant (cf. Film : Le Guerrier Pacifique)

C’est ainsi que Marie Eugénie trouve dans l’effacement et l’oubli de soi, une voie de bonheur. « A mesure qu’on s’efface, qu’on s’oublie, on trouve plus de bonheur »… et même plus, c’est d’être agréable aux autres que l’on tire du bonheur (noter l’inversement : ce n’est pas de ce qui nous est agréable !) : « … on est plus agréable, et aux autres, et à Dieu »

L’invitation à vivre une sorte d’allégement, de dégagement est vraiment récurrente chez elle. Cet allégement est le fondement de la joie (qu’elle relie elle aussi à la paix) : « Alors une paix profonde et joyeuse s’établit dans l’âme, parce qu’on est dégagé de toutes ces sollicitudes qui désespèrent les gens du monde. ». Ce dégagement ne va pas sans un certain effort : « l’effort que nous faisons pour traverser toutes les peines de cette vie… »

Et l’effort n’exclue pas la joie. Elle insiste : « Notre vie doit toujours avoir une teinte de joie, même dans le sacrifice et dans les efforts que nous avons à faire sur nous-mêmes » (cf. 21 avril 1878 – Esprit de l’Assomption VIII)

Toute la vie est pour elle ce chemin qui conduit à voir ce qui est important, où l’on doit vraiment mettre ses énergies, en se préservant des illusions : « Quand on est jeune et qu’on voit des gens heureux selon le monde, il semble qu’ils soient en possession d’une réelle béatitude : ils jouissent des choses extérieures. Ils n’ont point de peines, mais des joies. Ils sont aimés. Autour d’eux, tout semble conspirer à leur bonheur. A soixante ans, quelquefois plus tôt, on voit que ce bonheur n’est ni solide, ni véritable, et que Dieu seul donne à l’âme la joie vraie, profonde et durable. »  Une sagesse qui grandit !

Elle souligne aussi volontiers que la joie est quelque chose qu’il faut goûter sans vouloir la garder. De même qu’elle est un fruit qui échappe à notre maîtrise et qu’il faut simplement accueillir, il est primordial de de ne pas vouloir mettre la main sur la joie, la posséder, la garder éternellement. La joie s’inscrit éminemment dans le moment présent : « Dans la vie, il faut sans doute se rafraîchir, mais en passant, en puisant dans le creux de sa main autant qu’il en faut pour vivre, et non pas pour s’y arrêter pour y prendre sa joie, son bonheur. »

Pour expérimenter la joie, sans doute faut-il faire l’expérience de sa propre limite.

Elle est indéniablement liée à la qualité de la vie intérieure de la personne : « La joie c’est l’heureuse et secrète lumière qui part du dedans » (cf. Instruction de Chapitre, 25  juin 1847).

2/ Le « dégagement joyeux »

Après ces considérations, on comprend aisément que Marie Eugénie parle de « dégagement  joyeux ». C’est une expression qu’elle emploie à plusieurs reprises, en particulier dans une instruction de Chapitre, en 1878, quand elle développe les grandes lignes de l’esprit de l’Assomption. Voici comment elle le définit : « Tout l’esprit de l’Assomption porte à un dégagement joyeux des choses terrestres, à la disposition de s’élever au-dessus des peines et des difficultés, sans s’arrêter aux plaintes, sans y perdre son temps (…) »

 

La Règle de Vie des Religieuses de l’Assomption le développera un peu par la suite : « C’est la disposition à prendre toutes choses du côté de Dieu, de son amour, à accueillir avec confiance tout ce qui vient de lui, à traverser les contradictions et les souffrances inhérentes à l’existence, sûres que rien ne peut nous séparer de lui. » (RV n°47) C’est donc avant  tout, comme nous l’avons déjà dit, une attitude intérieure, humaine et spirituelle. Elle ne peut se développer, pour Marie Eugénie, que dans la certitude d’avoir Dieu comme Père et de pouvoir s’abandonner entre ses mains fiables (« Je vous ai dit aussi qu’entre les doctrines, il faut toujours choisir celles qui font le plus d’honneur à Dieu, qui disent le plus que Dieu est bon ; qu’il est le bien infini, la sagesse infinie, qu’on doit avoir confiance en lui, tout attendre de lui ; qu’il est Père et qu’il n’y a pas de moment où l’on ne puisse se jeter dans ses bras. »).

 

D’une certaine manière, la joie est une décision. Marie Eugénie va un peu plus loin que Descartes qui, le saviez-vous ?, a parlé de cette décision pour la joie… ! C’est le comble ! : « J’ose croire que la joie intérieure a quelque secrète force pour se rendre la Fortune plus favorable (…) J’ai souvent remarqué que les choses que j’ai faites avec un cœur gai, et sans aucune répugnance intérieure, ont coutume de me succéder heureusement, jusque-là même que, dans les jeux du hasard, où il n’y a que la Fortune seule qui règne, je l’ai toujours éprouvée plus favorable, ayant d’ailleurs des sujets de joie, que lorsque j’en avais des sujets de tristesse. » / « Il est utile d’avoir une forte persuasion que les choses que nous entreprenons sans répugnance, et avec la liberté qui accompagne d’ordinaire la joie, ne manqueront pas de nous bien réussir. »

Concrètement ici, Marie Eugénie (et Descartes !) proposent d’anticiper la joie par une disposition intérieure : prendre les choses du bon côté, diraient certains ! Cela peut paraître facile mais cela demande un certain courage : le courage de faire taire les pensées négatives, de ne  pas revenir toujours sur ce qui a blessé, de supporter les contradictions, de ne pas prendre le chemin que l’on avait prévu initialement. Ce courage vient se glisser dans tous les interstices de notre vie, réclamant de nous une certaine vigilance. « La joie est à ceux qui ont le courage de l’accueillir » (cf. RV n°45)

On pourrait se dire que tout cela est un peu idéaliste et que tout n’est pas si beau dans le monde. Marie Eugénie le reconnaît. Elle a même un regard assez critique sur son époque. Il ne s’agit donc pas d’un regard béat sur la réalité mais une manière de tirer parti de tout : « Je crois que, dans un dégagement joyeux, l'esprit de l'Assomption laisse de côté les lamentations, mais cherche ce que Dieu veut que nous fassions pour tirer des choses qui arrivent le meilleur parti possible pour son service et pour sa gloire; une parole de la sainte Écriture domine tout cela saintement et parfaitement: tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu. »

« La joie de l’âme se pose au-dessus de ces contradictions, au-dessus de ces épreuves, au-dessus de ces petits sujets où l’on peut trouver à critiquer et à se plaindre. La joie de l’âme se pose dans l’espérance qu’accompagne et que guide l’amour ». (cf. Instruction de Chapitre du 5 avril 1874, La Résurrection)

Dans ce sens, le dégagement joyeux implique ainsi une prise de distance à l’égard de l’enfermement dans une seule dimension de l’existence car si on ne résume son bonheur/sa joie qu’à une dimension concrète on les perdra inévitablement un jour ! La joie se caractérise par une ouverture à la polyphonie de la vie, à l’altérité et à la pluralité. Accepter la pluralité, l’altérité, c’est aussi une manière de s’engager. 

Prendre distance, ce n’est cependant pas regarder de haut en dépréciant. Bien loin d’être un désengagement du monde ou l’expression d’une relation négative au monde, il est la condition d’un véritable engagement, et d’une relation positive à l’existence.

Il s'agit donc d'un consentement à tout le réel, dans une relation à autrui se déployant dans l'espace et le temps. Ce consentement va, chez certains grands spirituels, jusqu'à intégrer ce qui parait le plus insensé, la perspective de la mort, et celle de la mort innocente, injustifiée, arbitraire, non pas dans une résignation passive mais afin de vivre. Etty Hillesum le dit d’une manière admirable alors qu’elle est dans un camp, pendant la guerre : « Regarder la mort en face et l'accepter comme partie intégrante de la vie, c'est élargir cette vie. A l'inverse, sacrifier dès maintenant à la mort un morceau de cette vie, par peur de la mort et refus de l'accepter, c'est le meilleur moyen de ne garder qu'un pauvre petit bout de vie mutilée. » (Cf. Etty Hillesum, Une vie bouleversée- Journal 1941-1943,  Seuil, 1985, p .139).

C’est dans la reconnaissance de cette pluralité et de la chance d’élargissement qu’elle contient toujours qu’on peut vivre un certain dégagement intérieur, se rendre léger, se débarrasser de ce qui est encombrant : "Voilà notre règle: tout quitter, tout perdre, tout sacrifier pour la gloire de Dieu, aller avec joie là où il lui plait de nous employer mais sans contrainte du coeur, avec la joyeuse liberté des enfants de Dieu. Je dis joyeuse dans le sacrifice suivant le mot de Saint Paul: 'Dieu aime celui qui donne avec joie'. Je dis joyeuse aussi parce que ce que l'on sacrifie par amour laisse de la joie dans le fond et qu'il n'y a pas de tristesse et d'amertume tant qu'on conserve avec ceux avec qui Dieu nous a unis sur la terre ces liens du fond de l'âme qui sont bons pourvu qu'ils soient ordonnés." (cf. Marie Eugénie, Lettre à   V L1183/ 1839)  Et elle précise qu’il faut faire cela, en fidélité profonde à ce que l’on est : « il ne faut pas se couper les ailes », dit-elle dans les notes intimes, utilisant une image qui lui est chère.

Car nous sommes, vraiment, appelés à la joie : « Je comprends deux choses qui ne s'étaient encore jamais unies dans mon esprit, c'est que Jésus Christ me demande bien de vivre de son Esprit, sous sa dépendance et d'une vie toute intérieure et séparée des choses créées, mais que cet Esprit étant par excellence un esprit de douceur, de joie, de miséricorde, "consolateur excellent, doux hôte de l'âme", cette vie doit être tout joyeuse, heureuse près de lui et je dois m'y porter avec une grande liberté de coeur, avec l'amour le plus joyeux de mon âme, bannissant la contention, l'inquiétude et tout trouble d'y avoir manqué. » (ibidem N207/01 Retraite de mai-juin 1849, p.182.)

Il y a donc, chez Marie Eugénie, un lien très étroit entre le dégagement, la joie et la liberté. Le dégagement joyeux est une façon de dire l’homme dégagé par et pour autrui : un être humain qui a toujours à se recevoir d’un autre, des autres, et dont la vie ne devient humaine que dans la relation à autrui ; un homme dont le bon exercice de la pensée elle-même nécessite de se laisser emmener par un autre, de faire confiance, de s’ouvrir. Finalement la joie correspondrait sans doute à la manière dont on vit densément la vie : « Si nous n’avons pas la joie, si notre joie n’est pas entière, c’est que nous n’avons pas la ferveur de l’âme ; car la joie est proportionnée à la ferveur et à la proximité de celui qui est la joie de l’âme. » (23 février 1873)

 

B- QUELLES PISTES POUR L’EDUCATION A L’ASSOMPTION DANS CETTE DYNAMIQUE DE LA JOIE ?

 

Je vous l’ai déjà dit, cette réflexion sur la joie de Marie Eugénie a été retenue comme importante par la Congrégation puisqu’elle est reprise dans la Règle de Vie, sous forme d’un chapitre dédié à la joie. Mais on la retrouve aussi dans le Texte de Référence, texte écrit pour donner les lignes directrices de la posture d’un éducateur à l’Assomption (quelle que soit sa fonction…).

 Voici ce que nous dit ce texte : « La seule pédagogie efficace est celle de l’amour et de l’exemple. L’éducateur est un agent d’unité et un témoin joyeux de l’amour. La plénitude de l’être est le signe d’une vocation accomplie. Elle engendre la joie. Marie Eugénie écrit : ‘’J’ai besoin, pour répondre à ma vocation, d’être souverainement expansive, aimante et joyeuse… La joie, c’est l’heureuse et secrète lumière qui part du dedans.’’ L’éducateur est joyeux dans ses pensées et dans sa façon d’agir de telle manière que cette joie imprègne l’atmosphère et l’environnement éducatif. »

« La pédagogie de l’exemple », « un témoin » : le premier appel, pour l’éducateur, est la cohérence. Si l’on croit en l’importance de la joie, il s’agit pour nous d’essayer de vivre un peu ce que je viens de développer. Et ce que je vais dire au sujet des jeunes dans les minutes qui suivent est valable aussi pour nous.

Piste 1 : Le moment présent

Pour cultiver la joie de ne pas voir que le côté obscur de la vie et des événements, il y a une manière de vivre dans le moment présent, le seul sur lequel nous ayons prise : ici, maintenant. Tout, dans notre société, nous projette ailleurs et à un autre moment. Les informations nous transportent en un clic à l’autre bout du monde et nous passent en boucle les images de drames insoutenables. Les jeux vidéo ont la capacité de nous extraire de toute réalité, de nous faire oublier.

Oserons-nous plutôt cultiver en nous et chez nos enfants la capacité de goûter le présent ? De laisser libre cours à nos émotions, de faire l’expérience de repérer ce que vivent nos sens ?

Invitons-nous souvent nos enfants de fermer les yeux et de sentir le vent au bord de l’océan ? à sentir le parfum une fraise avant de la manger ? à conserver en eux le souvenir des bonnes choses ou des choses bonnes ?

Piste 2 : Choisir ce qui est important

Nous l’avons vu, dans l’art du dégagement selon Marie Eugénie, il y a la capacité à ne pas accorder trop d’importance aux choses qui ne devraient pas en avoir.

Nous devons donc opérer un tri, un discernement. Lorsqu’un enfant nous raconte une histoire, certes il faut l’écouter jusqu’au bout. Mais l’écouter, c’est aussi lorsqu’il se tait, lui demander : « alors, qu’est-ce que tu en penses, toi ? Cela vaut vraiment la peine de s’énerver ? » Ou alors… « Qu’est-ce que tu  vas faire, demain, pour parler à Chloé qui était particulièrement désagréable aujourd’hui ? »

Nous connaissons tous ces personnes qui font une montagne de tout, même d’un tout petit événement. Une question peut être aussi : « Et sinon, tu as joué à quoi aujourd’hui ? Qu’est-ce que tu as aimé dans ta journée ? » Tout simplement… histoire de renvoyer paisiblement que la vie ne se résume pas à la colère du prof de maths ou à la copine avec qui on s’est disputé.

Une question, surtout, pour rappeler que le prof de maths ne sera peut-être demain pas en colère, ni la copine vexée, et qu’il faut leur laisser cette chance. « Regarder chaque matin avec un cœur neuf » !

En regardant ses enfants vivre, on découvre peu à peu ce qui est capable de les mobiliser, de les remobiliser au cours d’une expérience négative. Allons-nous souvent le chercher ?

Et comment, nous-mêmes, témoignons-nous de ce que nous avons vécu d’important, de manière à ce que l’enfant le repère dans sa propre vie ? Inversons-nous de temps en temps par nos propres récits l’ordre habituel des valeurs ? 

Piste 3 : La place de l’erreur

Il y a un point que j’aime beaucoup dans le projet apostolique et éducatif de l’Assomption. C’est celui qui s’intitule « agir avec audace et humilité ». Chaque phrase est importante et me semble renvoyer au dégagement joyeux :

« Développer le sens de l’audace, la capacité à prendre et à assumer des risques : oser créer. »

Pour oser créer, deux conditions :

* « entreprendre avec patience et sens du réel »

Un réel qui ne sera jamais exactement comme je veux qu’il soit mais qui porte toujours en lui une part de surprise, d’inattendu et de déconcertant…

* « apprendre à rester libre devant les succès, les échecs, les conseils et les critiques et s’efforcer d’en tirer profit. » / « Accepter la vérité des épreuves et des faits. Savoir se remettre en question pour accueillir une réalité plus vaste et plus complexe. »

Avoir la liberté de se tromper, cela libère l’audace (cf. vidéo : Changer le paradigme de l’éducation). Nous savons tous que nous avons quelque chose à apprendre de nos échecs, de nos expériences négatives. Alors, quand arrive une mauvaise note ou un avertissement, avant de dire : « j’espère que cela ne se reproduira pas »… peut-être peut-on glisser « Alors… qu’est-ce que tu retiens de l’expérience ? »

Et nous, comment autorisons-nous l’autre à se tromper ? Comment prenons-nous distance avec un échec, une parole, qui nous blessent ?

Piste 4 : Liberté et spontanéité

Nous connaissons tous ces êtres qui ont l’étonnante capacité de ne pas se prendre au sérieux, ces intellectuels qui n’emploient pas jargon, ces PDG que l’on ne reconnaît pas parmi les employés au restaurant d’entreprise, ces premiers de classe qui sont meilleurs amis de celui qui a plus de difficultés, ces … papes qui prennent l’autobus !

Ces personnes-là ont fait leur choix et se sont souvenues que, dans l’ordre des priorités, leur rang n’est pas le plus important. La qualité d’être et de relations passe avant leurs compétences. Elles ne sont pas enfermées dans une image.  

Piste 5 : L’humanisation

Evidemment les 4 pistes que je viens de citer ont quelque chose à voir avec un mot que l’on aime bien à l’Assomption : l’humanisation.

Elles passent par le choix de vivre parfois à un autre rythme :

*prendre le temps et s’arrêter

*cultiver le goût de l’effort durable

Elles passent aussi par le choix des relations avec tous :

*humaniser les relations

Elles passent par la perception de ce qui ne se voit pas au premier abord :

*faire exister l’invisible par le dialogue (ce qui se passe dans le cœur, dans les pensées…)

Piste 6 :  Etre le meilleur pour le monde (cf. Vidéo : Celebrate what’s right in the world, National Geographic)

 

CONCLUSION

 

On peut simplement terminer avec une citation de Cheng sur cette joie dont nous avons parlé : « La joie que nous avons en vue ne tire sa dépendance d’aucun objet extérieur. Durable et parfaite, elle arrache l’homme aux contingences, le hisse au-dessus de lui-même et ouvre devant lui la voie qui mène à la vraie vie ».

 

Pierre Jaouën
Pierre Jaouën a écrit :
directeur d'école  |  Enseignement public
23/05/2016 00:08

Article très intéressant. Une version en PDF permettrait de l'imprimer, de le travailler et de le diffuser.

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